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Souvenir d'un "coming out"

Alors que la France vient d'autoriser les mariages civils pour les homosexuels, je me suis plonger dans mon souvenir de tout ce que ça demande des fois d'être homosexuel. C'est pas toujours facile de vivre avec ça et surtout quand on fait notre coming out. Aujourd'hui, je vis très bien avec cela mais dans le temps, j'avais une peur bleue de décevoir. Je vous partage ici la lettre que j'avais écrite à ma mère pour lui annoncer mon orientation sexuelle. 


"Ma très chère maman,

Je t'écris cette lettre dans le but de mettre fin à un secret qui m'habitait depuis quelques temps voire des années. Je ne connais pas d'avance ta réaction à la nouvelle que je m'apprête à t'annoncer mais j'étais rendue à un point dans ma vie où il m'était impossible de garder encore longtemps ce secret. Cette lettre est en quelques sorte mon "coming out" ou ma sortie du placard si tu préfère.



Par où commencer? Je ne sais trop. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été attirée par les filles. Nombreux sont les gais et lesbiennes qui te diront comme moi. On dirait qu'on le sait dès qu'on est en âge de comprendre. Je ne peux pas te dire quand j'ai su exactement que j'aimais les femmes et que j'allais toujours les préférer aux hommes. Il me semble que ça l'a toujours fait partie de ma vie mais si j'écris ce texte, ce n'est pas pour t'embarasser de mon passé mais bien car j'ai vécu une peine d'amour et j'aurais voulu me confier à toi "normalement" mais comme tu ne connaissais pas mon orientation, cela était impossible pour moi. Laisse-moi te raconter mon cheminement jusqu'à mon acceptation de mon homosexualité.



D'abord, c'est dans l'inconscient que ça s'est joué. Au cours de mon développement personnel depuis que je suis toute petite, mon côté homosexuel a teinté mes décisions et choix de tous les jours. Que ce soit au niveau des fantasmes, des sports, des rêves, des projets, des amitiés, des films qui m'ont marqué, des personnes que j'admirais, des livres, des relations amoureuses, bref, tout y est passé. À ce stage, c'était l'insconcient qui pilotait. Mais ces pulsions sont devenues de plus en plus présentes, au point d'effleurer mon conscient. Je crois que cette étape était inévitable, sinon je serait devenue trop détachée de ma personnalité réelle. De temps en temps, j'avais des désirs inexpliqués, des pensées incohérentes avec mon mode de vie. Mais comme beaucoup, j'ai continué à vivre en ignorant cette partie de moi, ayant été totalement socialisée en tant que femme hétérosexuelle. Mais ces sentiments sont devenus de plus en plus présents, de plus en plus continus et surtout de plus en plus définis. Les vagues sentiments qui surgissaient de temps à autre au gré de mes activités, les fantasmes, désirs et questionnements sont devenus de plus en plus précis, aiguë. C'était le passage de l'inconscient vers le conscient. C'est le moment à partir duquel ma réalité homosexuelle n'a plus été composée que de brefs épisodes qui retournent s'enfouir dans l'inconscient, mais plutôt d'un long film continu qui ne cessait de défiler dans les méandres de ma petite tête.



Mais même ce passage vers le conscient est loin de l'étage final. Tout en ayant ce scénario constamment présent dans la tête, j'ai continué de l'ignorer pendant quelques temps. Dans le fin fond, je savais que j'étais probablement gaie mais je n'osais pas encore y faire face. Je n'osais même pas me dire à moi seule de vive voix "wow, cette fille-là m'attire", et encore moins "je me demande si je suis gaie". Tout ça se passait en arrière-plan, un peu comme une "voix off" dans un film. en fait, la première fois que je me suis dis "ouais bin je suis peut-être gaie", je ne me suis même pas sérieusement questionnée. Pourtant, j'avais quand même ouvert une porte très significative et c'était la première action voulu que je posais en ce sens. Je me suis dis peu de temps après, "ouais bin, il faudrait que j'y fasse face parce que ça pas d'allure". Mais les mots ne prenaient pas tout leur sens dans ma réalité. C'est comme si les mots précédaient la prise de conscience, comme si au début je parlais dans le vide! Qui a dit qu'on voit seulement ce qu'on veut bien voir?



Le simple fait de m'être parlé ouvertement à propos de ce sujet avait été le premier pas vers la sortie du placard, la première étape d'une longue prise de conscience. À ce stade, je n'en était même pas à l'acceptation. C'était un petit pas, mais combien difficile. Remettre en question mon identité sexuelle ne m'était jamais encore apparu comme une possibilité. Moi, une fille comme les autres, qui voulais tellement que ça marche en amour avec les hommes. Moi qui avait des préjugés gros comme le bras (ou en tout cas des peurs envers les homosexuels) Moi qui avait été élevée comme une bonne petite fille, qui allait se marier, avoir des enfants, tout le kit quoi!



Mais est arrivé un moment, lorsque j'étais en secondaire 4, où j'ai commencé à faire face à la musique. Ce film qui se déroulait dans mes arrières pensées est devenue encore plus présent, au point où il devienne un élément central de mes réflexions de tous les jours. Mais encore une fois, qui veut dire réflexions ne veut toujours pas dire acceptation. À ce moment, je commançais à admettre que j'avais une attirance physique pour certaines femmes, mais c'est tout. Cette attirance se manifestait dans mon quotidien, et beaucoup dans mes rêves. Je n'en tirais pas de conclusion.



J'étais une épave émotive. Je ne savais plus quoi penser, quoi faire. Je ne savais plus ce que je voulais. J'étais persuadée que je ne serais jamais pleinement heureuse ni avec les hommes ni avec les femmes. J'ai donc tout laissé de côté pendant un certain temps. J'ai cessé de me poser des question. Je me suis mise en quarantaine.  À la fin de l'année, mes questionnements ont ressurgis. J'en ai beaucoup parlé avec une amie que je remercie d'ailleurs pour tout le soutient qu'elle m'a portée. En fait, elle m'a adroitement accompagné vers ce destin que je ne voulais pas pour moi, que je n'acceptais pas, qui me faisait peur. Je ne voulais pas être gaie, être marginale. Je ne voulais pas de ce monde. Ce n'étais pas le mien, celui pour lequel j'avais été élévée. Mais pire, j'avais peur de tout perdre, amour, amitié, famille, etc.



Autant la prise de conscience avait été pénible et longue, autant l'acceptation s'annonçait difficile. Un jour, je me suis dis qu'il fallait que j'accepte mon "état" et que si les autres n'acceptaient pas cela, je ne pouvais rien faire. J'ai commencé à tomber en amour vraiment en secondaire 5. Mais comme on habite un patelin remplis de préjugés, il m'était impossible de croire à une relation.



Donc, j'ai décidé de laisser le temps passé avant de remonter en selle dans les relations amoureuses. Même que je me suis dis "Pourquoi ne pas virer bonne soeurs?! C'est vrai! Je n'aurais plus eu à m'inquiété de me faire blesser, de vivre une peine d'amour. Je ne savais plus vraiment si je devais te le dire. au moment où j'écris cette lettre, je suis perdue dans mes pensées à savoir si le fait de garder tout ça pour moi était bien.



Un moment donné, une copine m'a demander LA question à 1 million de dollars : "Si tu pouvais prendre une petite pilule pour devenir hétéro, est-ce que tu le ferais?" J'avais répondu OUI sans hésiter. Le temps a passé. Je suis maintenant à l'aise avec moi-même. Je m'assume pleinement. Je suis bien dans ma peau, bien dans mon orientation, je suis moi! D'ailleurs pour en revenir à cette fameuse pilule qui rends "straigth", je ne la prendrais plus aujourd'hui. J'ai atteint mon équilibre, il me restait qu'à te le faire part et maintenant que c'est fait, dis-toi que malgré mon homosexualité, je t'aime toujours de plus profond de mon coeur!



Ta fille



Judith"

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