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Ce que signifie Fierté Montréal pour moi...

Il y a environ 20 ans, j'entâmais consciemment une réflexion intense sur qui j'étais vraiment. Au creux de mon petit patelin de même pas 8000 âmes, je naviguais dans mes pensées et je me questionnais sur ce qui me semblait si bizarre. J'avais des attirances qui semblaient à première vue difficiles à comprendre. J'étais attirée par les femmes. Aussi simple que cela.

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été attirée par les filles. M'en rendre consciemment compte ne fut pas nécessairement facile. Il n'y avait aucun modèle connu. Internet était encore à ces premiers balbutiements au modem bruyant. Ce qu'on pouvait entendre sur le sujet était bien mince. Bien que dans ma tête, je me trouvais tout à fait normal d'éprouver des sentiments pour des camarades de classe, j'ai compris rapidement qu'il était mieux que je garde cela pour moi.

Lorsqu'en secondaire un, j'ai osé dire à une amie, plus vieille que moi, que j'étais en amour avec, j'ai senti le monde se dérobé sous mes pieds. Je ne blâmerai jamais cette personne, avec qui j'ai heureusement repris contact positivement dans le futur, car n'est-ce pas une réaction normale de repousser l'incompréhensible? Ma tête a alors fait des vagues. J'ai commis et dites des choses que je n'aurais jamais fait  si j'avais compris ce qui se passait en moi. Cet événement m'a suivi bien après le départ de cette amie du secondaire. Venant me hanter plus tard et que j'ai tenté de nier. Pourquoi? 

Pourquoi avoir voulu nier l'évidence au moment où j'étais confrontée par les faits de mon passé? En plein questionnement actif, j'ai compris rapidement qu'il valait mieux que je nie ou garde sous silence mes envies, mes intérêts. J'étais déjà plutôt "reject". J'ai compris immédiatement que je n'aiderais pas mon cas. Les adolescents peuvent être bien méchants...

Tout ce que je souhaitais, c'était de vivre loin de mon patelin pour ainsi pouvoir expérimenter ce que j'appréhendais être moi. Je rêvais de Montréal et de son Village gai. Qui, dans ma situation, ne l'aurait pas rêvé? J'ai finalement atterri à Québec où j'ai enfin pu affirmer ma différence et surtout là où pour la première fois, j'ai pu aimer une femme.

Après mon coming out à ma mère (le 27 décembre 2000), j'ai senti un besoin pressant de m'investir dans la cause. Un besoin d'être une source de positivisme envers des gens qui, comme moi, se posaient des questions envers eux-mêmes. J'étais déchaînée et j'avais des signes arc-en-ciel partout. Je voulais pour la première fois m'afficher, fièrement. J'aurais crié sur tous les toits que j'étais lesbienne. J'étais moi, pour la première fois de ma vie. Vous n'avez aucune idée à quel point ce moment de ma vie, ce passage à Québec, fut libérateur. 

Les années ont passées et je suis passée enfin dans la métropole. J'ai vécu le Village, enfin. Y sortir tous les soirs. Aller jouer au pool au Drugstore. Je vivais la vie que je rêvais au secondaire. J'ai continué un certain temps mon implication dans la cause avec le GRIS-Montréal, mais la vie m'a amené ailleurs quelques années plus tard. 

Je reste encore très attachée à tout ce qui touche le processus d'acceptation, à la cause LGBT. Dès que le sujet revient sur le tapis, je suis la première à tenir le fort pour lui. J'ai longtemps critiqué l'absence de modèles lesbiens dans le monde du showbizz. Encore, il y a un an, je me plaignais de l'absence de personnages centraux lesbiens dans les films et téléséries. En tant que jeune femme qui ne l'a pas eu facile dans sa réflexion, dans sa région natale, j'en voudrais toujours plus afin que les jeunes filles qui passent par les mêmes difficultés que j'ai eues puissent se dire "Wow, je peux être lesbiennes et accomplir grand".

Je ne peux plus me plaindre de l'absence de visibilité lesbienne. Les Judith Lussier, Geneviève Leclerc, Ariane Moffat et les Debbie Lynch-White permettent à la nouvelle génération de pouvoir s'accepter plus facilement en constatant qu'être lesbienne ne devrait pas nuire à devenir quelqu'un d'important! Que j'aurais aimé avoir des modèles comme ceux-ci à l'époque. Et que dire de la présence de personnages centraux dans les émissions de télévision comme Mémoires vives (Flavie), Wynonna Earp (Waverly et Nicole) ou Supergirl (Maggie et Alex) sans oublier le très controversé The 100 (Clarke et Lexa). 

Il n'y a pas si longtemps, rien de cela n'existait. Aucun modèle. Aucun personnage. Le néant. Aujourd'hui, j'écris des romans lesbiens et c'est normal!!!

Cette semaine, nous fêtons la Fierté d'être qui nous sommes. Au-delà du défilé dont tout le monde parle, cette semaine c'est le moment de dire à ceux et celles qui se questionnent qu'il n'est jamais trop tard pour s'aimer tel qu'on est et de croire en soi!


Je suis fière de moi. Fière de mon orientation. Je suis moi. Je suis fière de prendre la main de ma copine dans la rue et de lui démontrer tout mon amour. Soyons fiers et aimons-nous qu'on nous somme!

Bonne Fierté, Montréal! :-) 




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